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Au cœur d’un scandale de fraude aux eaux minérales, Nestlé a-t-il cherché à se mettre des sénateurs dans la poche avant son audition à la chambre haute du Parlement ? Selon nos informations, ses élus ont très mal pris certaines méthodes d’approche du groupe suisse…
« Fontaine, je ne boirai pas de ton eau », c’est en substance le message des sénateurs à Nestlé alors que le groupe voulait esquiver sa comparution devant la commission d’enquête du Sénat sur la fraude aux eaux minérales. La multinationale suisse a en effet tenté d’échapper à un passage devant les sénateurs en invoquant l’article 6 de l’ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement du Parlement, qui prévoit « qu’il ne peut être créé de commission d’enquête sur des faits ayant donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours », selon un courrier envoyé à la commission au début du mois. Pour mémoire, cette disposition prévue par la loi avait été brandie par la députée Yaël Braun-Pivet, alors présidente de la commission des lois de l’Assemblée, pour torpiller les auditions de la commissions d’enquête sur l’affaire Benalla à l’été 2018 (Blast, 1er juillet 2022).
Un ponte du Sénat« Ils voulaient probablement nous rencontrer avant pour border leur intervention ».
Or, selon nos informations, le motif juridique avancé par le groupe pour ne pas témoigner devant le Sénat a été jugé fallacieux par les sénateurs. « Ils voulaient probablement nous rencontrer avant pour border leur intervention mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne », confie un ponte du Sénat à Off Investigation, qui voit dans cette manœuvre « une mise en scène » pour « sonder les intentions » des sénateurs. Si la multinationale est en effet visée par une information judiciaire pour tromperie, ouverte fin décembre, après le dépôt d’une plainte par l’ONG Foodwatch avec constitution de partie civile, les sénateurs ont prévu de « rester dans le cadre de la loi », nous confirme ce jeudi 6 février le sénateur PS Alexandre Ouizille.
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Un membre de la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Nestlé« C’est une requête qui en dit long sur les méthodes de la multinationale avec les pouvoirs publics et leurs relations avec les autorités »
Sourcilleux sur leur indépendance, les sénateurs ont très mal pris la tentative de Nestlé de tenter de « dialoguer » en amont de la commission. « C’est une requête qui en dit long sur les méthodes de la multinationale avec les pouvoirs publics et leurs relations avec les autorités », souffle un membre de la commission d’enquête, qui voit dans cette approche la confirmation des échanges de Nestlé au sommet de l’Etat, révélés par la presse. Auprès de l’AFP, la firme a elle aussi réagi à ces nouvelles révélations qui éclaboussent désormais l’Elysée: « Comme toute entreprise, Nestlé est amenée à dialoguer régulièrement avec les autorités de tutelle sur son activité. » Sa direction va désormais devoir s’en expliquer sous serment devant les sénateurs. Contacté par Off Investigation pour savoir s’il avait cherché à se rapprocher de cette commission sénatoriale, le groupe suisse n’a pour l’heure pas donné suite à notre sollicitation.
Le lobbying de Nestlé auprès de l’exécutif
Nestlé (qui possède notamment les marques Perrier, Vittel, Hépar et Contrex) a commercialisé durant plusieurs années des bouteilles labélisées « eau de source », ou « eau minérale naturelle », alors même qu’elles avaient subi des traitements de purification interdits, en raison de contaminations. Le groupe a finalement répondu favorablement à la convocation des sénateurs, après les nombreux articles de presse relatant le scandale.
L’audition du géant suisse de l’agroalimentaire, qui, selon nos informations, devrait avoir lieu entre fin février et début mars, est d’autant plus attendue par les parlementaires que de nouvelles révélations explosives du Monde et de Radio France relatent le travail de lobbying intense mené par le groupe auprès du gouvernement d’Elisabeth Borne mais aussi au plus proche d’Emmanuel Macron, jusqu’au secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler.
Alexis Kohler attendu au tournant par les sénateurs
Le 5 février en marge d’un déplacement à Villejuif, en Seine-et-Marne, Emmanuel Macron a été confronté à des journalistes au sujet de ces nouvelles révélations : « Je ne suis pas au courant de ces choses-là. Il n’y a de l’entente avec personne, il n’y a pas de connivence avec qui que ce soit », a affirmé le chef de l’Etat. Ces propos ont relancé les interrogations sur ses liens financiers avec Nestlé. « C’est tout l’objet de la commission d’enquête de vérifier si l’Elysée est en cause », rétorque le sénateur Alexandre Ouizille, qui compte aussi convoquer le secrétaire générale de l’Elysée, Alexis Kohler.
Celui que l’on surnomme « le deuxième cerveau » du président de la république est un habitué des commissions d’enquêtes : « Il a déjà répondu sur l’affaire Benalla, le dérapage des finances publiques… il va finir par prendre un abonnement », grince un visiteur du soir du palais présidentiel.
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